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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 13:58
Mark Twain en  haut de l'échelle

Voici de larges extraits du texte de l'un de mes auteurs préférés..

Régalez -vous !

Mark Twain L’animal au bas de l’échelle (1897) (Contes humoristiques,Editions Mercure de France)

Mark Twain L’animal au bas de l’échelle (1897) ( Contes humoristiques,Editions Mercure de France)

Religion

« En août 1572 des événements semblables à ceux-ci se produisirent à Paris et dans les provinces françaises : il s’agissait alors d’un conflit entre chrétiens. Les catholiques, après s’être concertés, assaillirent par surprise les protestants sans défiance et sans armes, et les égorgèrent par milliers – quels que fussent leur âge et leur sexe. Ce fut la mémorable Saint-Barthélemy.

À Rome le pape et toute l’Eglise rendirent grâce à Dieu quand fut connue l’heureuse nouvelle.

Pendant plusieurs siècles des centaines d’hérétiques périrent sur le bûcher chaque année, parce que leur opinion déplaisait à l’église de Rome.

En tout temps l’occupation principale des sauvages de tous les pays a été d’égorger leurs frères et de réduire en esclavage leurs femmes et leurs enfants ».

(…)

Les femmes

« Nul peuple, ancien ou moderne, civilisé ou sauvage, n'a jamais admis que la femme fût l'égale de l'homme. J'ai étudié les divers traits et caractères naturels des soi-disant « animaux inférieurs » et les ai comparés à ceux de l'homme. Le résultat est humiliant pour moi : car je me vois contraint de renoncer à la théorie darwinienne de l'ascension de l'Homme à partir des animaux inférieurs ; il me semble maintenant évident que cette théorie doit céder la place à une autre forme de vérité, qui pourrait nommer la déchéance de l'homme à partir des animaux supérieurs. Tout au long des investigations qui devaient aboutir à cette conclusion déplaisante, je me suis gardé des hypothèses,conjectures et autres estimations hasardeuses ; j'ai constamment utilisé ce qu'il est convenu d'appeler une méthode scientifique. En d'autres termes, j'ai soumis tout postulat qui se présentait à moi à l'épreuve cruciale de l'expérimentation […]

Cupidité, vengeance

« Je n'ignorais pas que bon nombre de ceux qui ont amassé infiniment plus de millions qu'ils n'en pourraient jamais dépenser en désirent furieusement davantage, et n'hésitent pas à subtiliser la maigre pitance des ignorants et des faibles pour apaiser un moment leur féroce appétit. Je procurai à cent espèces différentes d'animaux sauvages ou domestiques l'occasion d'amasser d'énormes quantités de nourriture - aucun d'eux ne voulut en profiter. Les écureuils, les abeilles et certains oiseaux firent quelques réserves mais s'arrêtèrent dès qu'ils eurent mis de côté leur provision pour l'hiver, et nul argument, honnête ou spécieux, ne put les persuader de prendre le moindre supplément. Afin d'étayer sa réputation chancelante, la fourmi fit semblant d'accumuler des stocks démesurés, mais cela ne prit pas : je connais la fourmi. Toutes ces expériences me convainquirent que l'homme diffère des animaux supérieurs en ce qu'il est d'une avarice sordide, eux non.

Au fil de mes expériences je me persuadai aussi que l'homme est le seul entre tous les animaux qui enfouit au fond de soi les affronts et les outrages, les remâche, attend patiemment son heure, puis se venge. La vengeance, passion des hommes, est inconnue des animaux supérieurs. Les coqs ont un harem, mais comme leurs concubines sont consentantes, personne n'est lésé. Les hommes aussi ont des harems, mais ils se les constituent par la force brutale, et sous le couvert de lois atroces, instituées par eux seuls, sans que la femme ait aucunement droit à la parole. Là encore l'homme est bien moins haut perché que le coq, sur l'échelle des valeurs animales.

(Un descendant dévalué du chat)

Les chats ont des moeurs dissolues, mais ils n'en ont point conscience. L'homme est le descendant dévalué du chat; il en a gardé l'inconduite, mais laissé en route l'inconscience - cette grâce sanctifiante qui absout le chat. Le chat est innocent, non l’homme.

(…)

De tous les animaux l’homme est le seul qui soit cruel. Le seul qui fasse souffrir son prochain par plaisir. Les animaux supérieurs ignorent pareille cruauté. Le chat joue avec la souris terrorisée ; mais on ne saurait lui en vouloir, car il ne sait pas que la souris souffre. Le chat fait preuve d’une modération qui n’est pas humaine : quand il en a assez de jouer avec la souris il en fait un rapide repas, il met fin à son tourment. L'homme est l’animal cruel. Le seul à détenir ce privilège.

(…)

(Un animal religieux)

L'homme est l’animal religieux. Le seul. Et le seul qui détienne la Vraie Religion – il y en a un certain nombre. Il est le seul animal qui aime son prochain comme lui-même et lui coupe la gorge si sa théologie n’est pas dans la ligne. Il a transformé le globe terrestre en cimetière à force de s’évertuer à aplanir pour ses frères la route du ciel et du bonheur éternel. Il s’y est employé sous les Césars, à l'époque de Mahomet, sous l’Inquisition, en France pendant quelques de siècle, en Angleterre au temps de Marie ; il n’a cessé d’y consacrer ses soins depuis que ses yeux se sont ouverts à la lumière, il s’en occupe aujourd’hui même en Crète ; il s’y appliquera demain, en quelque autre région de la planète. Les animaux supérieurs n’ont pas de religion. Et l'on nous dit qu'on les laissera à la porte, dans l’au-delà. Je me demande bien pourquoi. L’idée paraît saugrenue.

( L’animal doué de raison)

L’homme est l’animal doué de raison. C’est ce qu'on dit, mais c’est discutable. En fait mes expériences m’ont prouvé que l’homme est l’animal dénué de raison. Jetez un regard sur l’esquisse de son histoire que je vous ai proposée. Il me paraît évident qu’il est tout sauf un animal raisonnable. C’est un fou dangereux, avec un casier de criminel lourdement chargé.

Et j'estime que l’argument le plus convaincant contre « l’intelligence » de l’homme, c’est qu’avec un pareil dossier à son actif, il se proclame l’animal numéro un de toute la troupe – alors qu’il est bon dernier, si on le juge à son propre canon.

En vérité l’homme et d’une incurable stupidité. Il est incapable d’apprendre les choses simples que les autres animaux apprennent si aisément. Je me livre un jour à l’expérience que voici : en une heure je fis d’un chien et d’un chat une paire d’amis. Je les plaçai dans la même cage. J'y mis ensuite un lapin et en une heure encore j’appris à mes deux prisonniers à fraterniser avec lui. Dans les deux jours qui suivirent, je fus en mesure d’ajouter un renard, une oie , un écureuil et quelques colombes. Et un singe pour finir. Ils cohabitèrent en paix et se prirent même d’affection.

Dans une autre cage, j’enfermais un catholique irlandais de Tipperary et dès qu’il me parut un peu calmé, je lui adjoignis un presbytérien écossais d’Aberdeen. Puis un Turc de Constantinople, un chrétien orthodoxe de Crète ; un Arménien, un méthodiste des déserts de l’Arkansas ; un bouddhiste chinois, un brahmane de Bénarès. Et pour finir un colonel de l’Armée du Salut de Wapping. Quand je revins pour constater les résultats, tout allait au mieux dans la cage des animaux supérieurs, mais l’autre n’était qu’un cas informe de lambeaux ensanglantés, de turbans et de fez, de plaids, d’os et de chair – et tous mes spécimen avaient perdu la vie. Les animaux doués de raison, n’étant pas d’accord sur quelques petits points de théologie, avaient porté l’affaire devant une juridiction supérieure.

( Le sens moral)

On est bien forcé de mettre qu’en matière d’élévation morale, l’homme ne peut prétendre se hausser au niveau du plus vil des animaux. Une incapacité fondamentale lui interdit et lui interdira toujours – une tare congénitale, permanente, invétérée, inextirpable.

Cette tare, c’est le sens moral. L'homme est le seul animal qui le possède. C’est là que réside le secret de sa déchéance. Grâce à son sens moral l’homme est capable de faire le mal. Le sens moral n’a point autre office, ne saurait remplir d’autres fonctions, car c’est bien la seule à laquelle on le pouvait destiner. Sans lui l’homme serait inapte au mal, et du coup s’élèverait au rang des animaux supérieurs.

(..)

De quelque côté qu'on l’examine, l’homme nous apparaît comme une mécanique détraquée en permanence : une sorte de British Muséum d’infirmités et de déficiences. Il est continuellement en réparation. Une machine au fonctionnement aussi incertain ne trouverait aucun acquéreur. Autour de sa spécialité suprême – le sens moral – gravitent les infirmités mineures si nombreuses qu’on les pourrait dire innombrables.

Mark Twain

L’animal au bas de l'échelle

Mark Twain Contes humoristiques

Publié par Lhansen-Love à 06:27

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

Treyo 29/09/2016 04:29

Agréable moment certes, malheureusement le texte est émaillé de fautes de frappe. Avez-vous dû le ressaisir intégralement pour le publier ici ?
Cordialement

laurence hansen-love 29/09/2016 13:03

j'ai corrigé... reste-il des fautes?

laurence hansen-love 29/09/2016 12:32

oui, il fat donc que je le corrige

cordroc'h jf 28/09/2016 10:39

Quel plaisir de lire ce texte de Twain , à la fois parce qu'il me conforte dans l'idée que je me fais de l'Homme depuis longtemps ( La folie humaine ,la déraison etc ...) mais aussi parce qu'on y trouve de l'humour . Et quel talent d'écrivain!! Merci Laurence pour cet agréable moment .

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  • : Professeur de philosophie, à IPESUP. Directrice de collection chez Belin et chez Hatier.Co-auteur de : Philosophie,anthologie (Belin) et Philosophie de A à Z (Hatier). Auteur de : "Cours particulier de philosophie" et "La philosophie comme un roman" (Hermann)
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