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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 11:59

"Une femme est outrepassement de l'Un dans la guise d'une passe de l'entre-Deux. Telle est ma définition spéculative de la féminité »

 

 



(Robert Mauss
25 août, 21:10

Et comme je suis absolument certain que mon interprétation vous intéresse au-delà de l'entendement, je crois qu'Alain Badiou estime qu'une femme est surtout faite pour servir sexuellement son maitre: l'outrepassement de l'Un (l'érection) dans la guise d'une passe de l'entre-deux... Une passe, l'entre-deux... finalement il suffit de ramener l'individu à son expression littérale..) 

 

 

 

Réponse de mon ami JF.

 

 

En la circonstance, ce commentaire (voir ci-dessous) ne me semble pas approprié.

 

Il est vrai que cette « définition » est fort obscure. Elle est vraiment « spéculative », en effet ! Mais traduire « outrepassement de l’Un » par « érection » tout en ajoutant des points de suspension vaguement graveleux à « passe » et à « entre-deux » pour démontrer qu’elle signifie « qu’une femme est surtout faite pour servir sexuellement son maître », ça ne tient pas, mon cher Robert.

 

 

Bref, voici, à mon avis, la bonne traduction :

 

Il faut savoir d’abord que Badiou distingue trois conceptions philosophiques de l’amour :

- La conception romantique de la passion et de l’extase, qui débouche parfois sur la mort.

- La conception sceptique pour laquelle l’amour n’est que le travestissement du désir sexuel ;

- Sa conception, qui fait de l’amour « une construction de vérité ». L’amour est une expérimentation du monde « à partir du Deux et non pas de l’Un », c’est-à-dire « le monde examiné, pratiqué, vécu à partir de la différence et non à partir de l’identité ».

 

Les concepts d’ « Un » et de « Deux » n’ont évidemment aucune connotation sexuelle voire salace ! L’Un est le moi, qui recherche souvent « l’identité contre la différence ». L’amour est une « rencontre » avec une différence, un « événement » qui est un avènement de l’altérité et produit une construction non pas seulement à deux, mais du Deux. C’est un « franchissement de quelque chose qui pouvait apparaître comme impossible », pour « faire exister l’autre avec vous, tel qu’il est », par le Deux.

 

C’est ce « franchissement » que Badiou nomme ici « outrepassement de l’Un » (néologisme, mais qui rend peut-être mieux compte que « dépassement » le caractère « apparaissant comme impossible » de cette expérience du moi « tentant d’aborder l’être de l’autre »).

 

Le reste de la définition use d’un vocabulaire outrancièrement précieux qui la rend absconse (on n’est pas heideggérien pour rien). La « guise » est le bon vouloir, un « passe » est un passage étroit, « l’entre-Deux » est le centre du Deux : la séparation où se rejoignent les deux Uns pour former le Deux.

 

Bref, si je comprends bien (?), on pourrait traduire en français : la femme est cet être qui, dans l’événement de l’amour, sait repérer l’interstice où, se dépassant en restant elle-même, elle rencontrera l’autre qui lui-même se construira avec et dans cette altérité.

 

Pourquoi la femme et pas l’homme ? I don’t know.

 

En tout cas : CQFD !

 

PS. On ne peut pas faire dire à Badiou qu’amour = sexe : « Dans le sexe, vous êtes au bout du compte en rapport avec vous-même dans la médiation de l’autre. L’autre vous sert pour découvrir le réel de la jouissance. Dans l’amour, en revanche, la médiation de l’autre vaut pour elle-même. (…) Il s’agit d’une conception beaucoup plus profonde que la conception tout à fait banale selon laquelle l’amour ne serait qu’une peinture imaginaire sur le réel du sexe. »

Toutefois, l’amour a besoin du sexe : « Livrer son corps, se déshabiller, être nu(e) pour l’autre accomplir les gestes immémoriaux, renoncer à toute pudeur, crier, toute cette entrée en scène du corps vaut preuve d’un abandon à l’amour. C’est tout de même une différence essentielle avec l’amitié. L’amitié n’a pas de preuve corporelle, de résonance dans la jouissance du corps. (…) L’amour, surtout dans la durée, a tous les traits positifs de l’amitié. Mais l’amour se rapporte à la totalité de l’être de l’autre, et l’abandon du corps est le symbole matériel de cette totalité. On dira : « Mais non ! C’est le désir et lui seul qui fonctionne alors ! »Je soutiens que, dans l’élément de l’amour déclaré, c’est cette déclaration, même si elle est encore latente, qui produit les effets de désir et non directement le désir. L’amour veut que sa preuve enveloppe le désir. »

 

PPS. La description de l’amour romantique : « Il y a une conception romantique de l’amour encore très présente, qui, en quelque manière, le consume dans la rencontre. C’est-à-dire que l’amour est brûlé, consommé et consumé en même temps, dans la rencontre, dans un moment d’extériorité magique au monde tel qu’il est. Quelque chose arrive, là, qui est de l’ordre du miracle, une intensité d’existence, une rencontre fusionnelle. Mais lorsque les choses se déroulent ainsi, nous ne sommes pas en présence de la « scène du Deux », mais de la « scène de l’Un ». C’est la conception fusionnelle de l’amour : les deux amants se sont rencontrés et quelque chose comme un héroïsme de l’Un a eu lieu contre le monde. (…) Mais l’amour ne peut pas se réduire à la rencontre, car il est construction. L’énigme de la pensée de l’amour, c’est la question de cette durée qui l’accomplit. Le point le plus intéressant au fond, ce n'est pas la question de l’extase des commencements. Il y a bien sûr une extase des commencements, mais un amour, c’est avant tout une construction durable. Disons que l’amour est une aventure obstinée. Le côté aventureux est nécessaire, mais ne l’est pas moins l’obstination. »

 

 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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  • : Professeur de philosophie, à IPESUP. Directrice de collection chez Belin et chez Hatier.Co-auteur de : Philosophie,anthologie (Belin) et Philosophie de A à Z (Hatier). Auteur de : "Cours particulier de philosophie" et "La philosophie comme un roman" (Hermann)
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