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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 10:44

 

L’art

 

 L’art est la production de belles apparences ou de formes « esthétiques », conçues  dans un esprit désintéressé. Un artiste, en effet, ne cherche pas à fabriquer un objet utile, il ne  recherche pas  le profit en tant que tel. L’étymologie serait donc ici plutôt trompeuse. « Art »  vient en effet du latin « ars », équivalent du mot grec «  technê », qui signifie à la fois art et technique. Or la technique désigne un ensemble de procédés et de règles transmissibles dont l’objectif est la maîtrise de la nature et l’amélioration de notre mode de vie. La question de l’art rejoint celle du beau qui  n’est pas pertinente pour le technicien.

Gratuité de l’art

Même si  les différents arts comportent un certain nombre de règles et de  techniques que l’on peut enseigner, et que les artistes apprennent à maîtriser, l’art se distingue pas nature des autres formes de production humaine, et tout particulièrement de  la technique. Pour bien marquer cette différence, on nomme « beaux-arts » à partir du 18 ème siècle les arts qui ont pour objectif principal ou unique de créer quelque chose  de beau. Il s’agit de la musique, de la peinture, de l’art dramatique, de la littérature de la poésie etc.. : une telle  liste ne peut être achevée. Aujourd’hui le jazz, le rap, la bande dessinée, le cinéma,  bien sûr, sont considérés comme relevant  de l’art. Mais alors où commence l’art ? Kant  a proposé une réponse : l’art commence quand on ne sait pas dire ce qu’il faut faire pour réussir. Car ni le génie ni le talent ne peuvent s’enseigner. L’art est donc  gratuit, mais tout ce qui est gratuit n’est pas de l’art.

L’énigme du beau

Seules les œuvres jugées belles sont en général considérées comme des œuvres d’art.  Or cette qualité dite « esthétique » (c’est-à-dire apparenté à  l’art) est difficile à établir objectivement, et ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il y a une part d’énigme dans la beauté, et cette incongruité, ce caractère irrationnel du beau,  se retrouve dans l’œuvre d’art. Aristote dit «  Le hasard aime l’art, l’art aime le hasard », tandis que Kant insiste beaucoup sur le fait que le beau est « sans concept ».  Cela signifie que l’on ne peut pas le définir, encore moins le programmer, par exemple en appliquant des recettes éprouvées chez d’autres artistes. D’autre part, la beauté présente, au moins dans la nature, quelque chose de fugitif, d’évanescent, et qui, pour cette raison,   ne se laisse pas apprivoiser. Kant dit qu’elle est une « finalité sans fin », autrement dit une harmonie qui n’a été voulue par personne et qui donc défie l’intelligence.

La valeur de l’art et le jugement de goût.

 Le beau est difficile à cerner, impossible à définir. La question de œuvres d’art est encore plus délicate. Depuis l’époque romantique (19 ième siècle en Europe), les artistes ont cherché  à exprimer des émotions plutôt qu’à célébrer la beauté de  l’univers. Le monde contemporain nous a familiarisé avec des œuvres  de valeur  qui pourtant tournent le dos à la beauté. Les classiques recherchaient  avant tout l’harmonie et la grâce en tant que « promesse de bonheur ». L’art contemporain est souvent aride et très sombre. Quels sont donc désormais  les critères de l’art, si le beau ne  permet plus d’identifier l’œuvre selon des « canons » établis ? Cette question rejoint celle du goût. Avoir du « goût », c’est pouvoir reconnaître ce qui présente une qualité esthétique en ne suivant ni les conventions ni les modes. Or les plus grandes œuvres d’art sont souvent difficiles d’accès, la beauté est  « bizarre » selon Baudelaire. Le beau est souvent perturbant, et l’art, lorsqu’il relève du génie, est toujours « subversif » (qui bouscule, qui dérange).

 

Sujets : l’œuvre d’art est-elle nécessairement belle ? L’artiste doit-il chercher à plaire ? L’art nous rapproche-t-il ou nous éloigne-t-il du réel ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La valeur des œuvres d’art et la question du goût

L’art

L’art est la production de belles apparences ou de formes « esthétiques », conçues dans un esprit désintéressé. Un artiste, en effet, ne cherche pas à fabriquer un objet utile, il ne recherche pas le profit en tant que tel. L’étymologie serait donc ici plutôt trompeuse. « Art » vient en effet du latin « ars », équivalent du mot grec « technê », qui signifie à la fois art et technique. Or la technique désigne un ensemble de procédés et de règles transmissibles dont l’objectif est la maîtrise de la nature et l’amélioration de notre mode de vie. La question de l’art rejoint celle du beau qui n’est pas pertinente pour le technicien.

Gratuité de l’art

Même si les différents arts comportent un certain nombre de règles et de techniques que l’on peut enseigner, et que les artistes apprennent à maîtriser, l’art se distingue pas nature des autres formes de production humaine, et tout particulièrement de la technique. Pour bien marquer cette différence, on nomme « beaux-arts » à partir du 18 ème siècle les arts qui ont pour objectif principal ou unique de créer quelque chose de beau. Il s’agit de la musique, de la peinture, de l’art dramatique, de la littérature de la poésie etc.. : une telle liste ne peut être achevée. Aujourd’hui le jazz, le rap, la bande dessinée, le cinéma, bien sûr, sont considérés comme relevant de l’art. Mais alors où commence l’art ? Kant a proposé une réponse : l’art commence quand on ne sait pas dire ce qu’il faut faire pour réussir. Car ni le génie ni le talent ne peuvent s’enseigner. L’art est donc gratuit, mais tout ce qui est gratuit n’est pas de l’art.

L’énigme du beau

Seules les œuvres jugées belles sont en général considérées comme des œuvres d’art. Or cette qualité dite « esthétique » (c’est-à-dire apparenté à l’art) est difficile à établir objectivement, et ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il y a une part d’énigme dans la beauté, et cette incongruité, ce caractère irrationnel du beau, se retrouve dans l’œuvre d’art. Aristote dit « Le hasard aime l’art, l’art aime le hasard », tandis que Kant insiste beaucoup sur le fait que le beau est « sans concept ». Cela signifie que l’on ne peut pas le définir, encore moins le programmer, par exemple en appliquant des recettes éprouvées chez d’autres artistes. D’autre part, la beauté présente, au moins dans la nature, quelque chose de fugitif, d’évanescent, et qui, pour cette raison, ne se laisse pas apprivoiser. Kant dit qu’elle est une « finalité sans fin », autrement dit une harmonie qui n’a été voulue par personne et qui donc défie l’intelligence.

La valeur de l’art et le jugement de goût.

Le beau est difficile à cerner, impossible à définir. La question de œuvres d’art est encore plus délicate. Depuis l’époque romantique (19 ième siècle en Europe), les artistes ont cherché à exprimer des émotions plutôt qu’à célébrer la beauté de l’univers. Le monde contemporain nous a familiarisé avec des œuvres de valeur qui pourtant tournent le dos à la beauté. Les classiques recherchaient avant tout l’harmonie et la grâce en tant que « promesse de bonheur ». L’art contemporain est souvent aride et très sombre. Quels sont donc désormais les critères de l’art, si le beau ne permet plus d’identifier l’œuvre selon des « canons » établis ? Cette question rejoint celle du goût. Avoir du « goût », c’est pouvoir reconnaître ce qui présente une qualité esthétique en ne suivant ni les conventions ni les modes. Or les plus grandes œuvres d’art sont souvent difficiles d’accès, la beauté est « bizarre » selon Baudelaire. Le beau est souvent perturbant, et l’art, lorsqu’il relève du génie, est toujours « subversif » (qui bouscule, qui dérange).

Sujets : l’œuvre d’art est-elle nécessairement belle ? L’artiste doit-il chercher à plaire ? L’art nous rapproche-t-il ou nous éloigne-t-il du réel ?

La valeur des œuvres d’art et la question du goût

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Published by laurence hansen-love - dans Sciences-po
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