Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 11:05

JS Mill


Bac ES Pondichéry 2016 – Philosophie

3) Expliquer un extrait de texte de « De la liberté », de Mill (1859). Découvrez-en les premières lignes :

« La seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de la force contre un de ses membres est de l’empêcher de nuire aux autres. Contraindre quiconque pour son propre bien, physique ou moral, ne constitue pas une justification suffisante. Un homme ne peut pas être légitimement contraint d’agir ou de s’abstenir sous prétexte que ce serait meilleur pour lui, que cela le rendrait plus heureux ou que, dans l’opinion des autres, agir ainsi serait sage ou même juste. »

MON COMMENTAIRE TRES PERSO

J.S. Mill énonce ici le principe de base de la philosophie libérale, auquel je souscris pour ma part.

La question est de savoir à quelles conditions une communauté (voire un groupe, une association, une entreprise, une réunion d’individus, ou etc.) peut se prévaloir d’une quelconque légitimité pour imposer par la force ce qu'il juge préférable à un homme ou à plusieurs. La réponse de John Stuart Mill est que les seules contraintes légitimes sont celles qui se justifient par le fait que nul ne doit enfreindre la liberté des autres. A titre d’illustration, on peut donner l’exemple des règles du code de la route. L’État peut imposer des contraintes à condition que celles-ci dérivent de principes qui, en moins théoriquement, sont susceptibles de faire l’unanimité des individus concernés. Exemple : les hommes et les femmes sont égaux, ce qui peut imposer des contraintes en termes de parité et de laïcité. Autre exemple: tout le monde doit payer des impôts afin d’assurer une protection sociale dont tout individu peut bénéficier (tout le monde peut être malade ou au chômage). Ou encore : dans l’intérêt de tous, il faut lutter contre la pollution et limiter la circulation automobile ainsi que la destruction des terres agricoles, car ces comportements inconsidérés et ces excès contredisent la possibilité pour tous de respirer et de se loger dans des espaces non inondables. Tant pis pour les automobilistes, la grande distribution et pour les promoteurs immobiliers. De même il faut lutter contre l’évasion fiscale, tout le monde peut l’admettre, n’est-ce pas?

En revanche, ni l'État ni aucun groupe de la société ne peut se prévaloir d’une quelconque légitimité pour imposer ce qu’il juge bon ou juste à des individus ou un autre groupe (par exemple arrêter de travailler à 62 ans, ou cesser de consommer de la viande plus d'une fois par semaine, ou aller à la messe). Étant donné que de très nombreux sujets sont définitivement litigieux, l'État ne peut pas imposer ce qu’il estime bon ou juste, ceci à l’encontre d’une partie de la population. Dans le cas par exemple des orientations économiques, aucun consensus n’est envisageable. D'où la nécessité soit de trouver des compromis, au cas par cas, soit de mandater des élus pour prendre des décisions le temps d’une législature, en s’en remettant à eux pour élaborer et promouvoir des lois, au moins un temps, lois qui ne feront évidemment jamais l’unanimité.

Dans cette perspective, l’État peut être légitime pour imposer des contraintes (des lois) mais dans le cadre d’une Loi (la constitution) supposée consensuelle car seul ce consensus supposé (en démocratie) peut donner le droit à une Autorité d’imposer des contraintes à ceux qui n’en approuvent pas les orientations.

En revanche, en dehors de ce contexte d’un État supposé démocratique (ce qu'on appelle aussi un État de droit), dont les réprésentants ont été élus selon des procédures démocratiques, aucun groupe, aucun individu ne peut être légitime pour imposer sa volonté en fonction ce qu’il juge bon ou juste. Si un groupe ou un individu impose ce qu’il croit bon ou juste à ceux qui sont d’un avis contraire, il n’est pas légitime. Il ne s’agit plus de contrainte légitime mais de violence. Du moins du point de vue libéral. C’est le cas évidemment lorsqu’une partie de la population tente d’obtenir ce qu’elle désire en utilisant la force (grèves paralysantes pour le pays, de mon point de vue).
Selon moi, une illustration probante est celle de lycéens imposant le blocus de leur lycée aux dépens de ceux qui voudraient travailler… Car ils n’ont reçu aucun mandat (selon un processus consensuel) pour cela.

Selon la philosophie libérale (à laquelle je souscris) nul ne peut légitimement me contraindre à adopter ce qu’il juge bon ou juste à l’encontre de ce que moi je crois bon ou juste, sauf évidemment si je lui en ai donné le mandat a priori, en fonction de ce que je considère comme relevant de l’intérêt général.

Néanmoins tout n’est pas réglé pour autant par ce principe libéral. Car bien des sujets ne relèvent pas de l’intérêt général de la communauté qui décide par le biais de ses représentants. Ainsi par exemple la question des frontières et de l’accueil des immigrés…Il est difficile, voire impossible pour un Etat de contraindre les citoyens de cet Etat en fonction non pas de leur intérêt supposé, mais en fonction des droits humains, y compris ceux des membres étrangers à cette communauté.

Partager cet article

Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
commenter cet article

commentaires

MonsieurR 15/06/2016 11:51

J'aime beaucoup Mill, et cette analyse me rappelle celle de Ruwen Ogien et son minimalisme éthique. A mon avis, le problème de ce genre de thèse c'est que la société doit assurer l'éducation du citoyen qui doit être capable d'user de son esprit critique, auquel cas le paternaliste de l'Etat est effectivement malsain. Mais sommes-nous dans ces conditions ? Je ne suis pas sûr que c'est la tutelle de l'Etat qui bloque la situation, mais l'enseignement et l'éducation.

Pour les problématiques de paternalisme, je pense notamment à l'usage du corps (consommation de substance nocives, pratiques déviantes entre adultes consentants, etc.)